«TenterPlus», c'est une dynamique de recherches et de formation : chercher pour former, former pour chercher. Des praticiens réflexifs pour former de futurs enseignants, eux-mêmes praticiens réflexifs. C'est d'abord un système spécifique de formation initiale d'enseignants en sciences humaines qui veut s'inspirer de la recherche en sciences humaines et sciences de l'éducation et de la pédagogie institutionnelle, tout en les pratiquant également.
«TenterPlus» veut aussi combiner les différentes missions des Hautes Écoles : formation initiale, formation continuée, recherches appliquées et services à la société. L'expérimentation du projet de formation initiale à travers la formule choisie ouvre plusieurs champs de recherches et de formations continuées.
Formation des enseignants :
L'expérimentation de ce nouveau système constitue en lui-même un chantier de recherche important et intéressant. La classe coopérative verticale va-t-elle améliorer le taux de réussite des étudiants qui s'y présentent ? Et les (futurs) enseignants formés dans ce système vont-ils développer des compétences professionnelles différentes de ceux formés de manière traditionnelle ? Pour travailler cette expérimentation avec nous, un comité scientifique d'accompagnement poursuit un double objectif : aide et soutien d'une part et évaluation d'autre part.
La professionnalisation des enseignants est au cour même du dispositif. Nous pensons que l'identité professionnelle commence à se construire dès les premiers mois de la formation. Nous croyons en la règle de l'isomorphisme. Si nous voulons des enseignants acteurs, chercheurs, réflexifs, prêts à pratiquer un métier collectif, alors nous devons vivre cela avec eux dès le début de leur formation. Cette conviction n'est évidemment pas suffisante : il s'agit de l'opérationnaliser, de la construire, de l'évaluer, de l'améliorer et de l'évaluer encore. Ce système de formation constitue en soi une recherche pour laquelle nous veillons à nous donner une méthodologie de recherche et des moyens d'investigations les plus objectivables et valides possible.
Éducation à la citoyenneté :
L'éducation à la citoyenneté est évidemment un thème très porteur, voire un peu trop à la mode, favorisant tout et n'importe quoi. La combinaison des disciplines enseignées (histoire, géographie, sciences sociales), disciplines « citoyennes » par excellence et de la pédagogie pratiquée, émancipatrice, favorisant l'esprit critique et l'émergence de sujets acteurs offre un terrain privilégié d'expérimentation et de recherches. Pas de citoyenneté active sans savoirs forts en sciences humaines pour la capacité d'analyse et de compréhension, mais pas de citoyenneté active non plus sans implication personnelle et pratique quotidienne de la démocratie pour l'entraînement à la coopération et la contestation constructive.
A un moment où la demande est aussi forte dans l'enseignement fondamental et secondaire autant pour l'éducation à la citoyenneté à travers les cours que pour la participation des élèves à différentes assemblées délibératives, nos recherches et expérimentations devraient pouvoir apporter des pistes et des balises pour les pratiques de terrain dans le secondaire. Nous veillerons dans les années à venir à orienter les recherches dans ce sens et à initier des Travaux de Fin d'Etudes dans le domaine. Et ces recherches peuvent déboucher sur des formations continuées proposées aux enseignants en place.
Didactique des sciences humaines :
La didactique des sciences humaines est balbutiante, parente pauvre des grandes didactiques (des sciences naturelles, des mathématiques, de la langue maternelle, .). Beaucoup reste à faire dans ce domaine, surtout pour l'intégration des disciplines dans des cours comme celui d'Etude du Milieu ou de sciences humaines intégrées.
À travers nos projets, nous nous mettons en recherche commune avec nos étudiants pour produire des séquences d'activités et autres documents didactiques utilisables en classe de secondaire. Toutes ces séquences veulent privilégier une démarche active de recherche pour l'élève dans une logique de compétences : observer pour questionner, questionner pour chercher et traiter l'information, formuler des hypothèses, construire des modèles explicatifs et les vérifier, tout en ayant recours le plus possible aux savoirs constitués des disciplines.
Ces productions, produit de notre recherche, ont bien sûr pour fonction principale la formation de nos étudiants à la didactique qu'ils devront pratiquer. Mais elles sont également recherche appliquée dans un domaine relativement neuf et outils pour des formations continuées proposées aux enseignants, (formations Cecafoc principalement).
Sociologie de l'éducation et socio-pédagogie :
Parallèlement aux activités de formation mais aussi en lien avec la formation initiale, nous poursuivons un travail entamé depuis plusieurs années, travail qui tente de lier une sociologie de l'éducation au sens classique et dans la tradition de cette discipline et plus originalement une sociopédagogie ou pédagogie pratique qui tiennent compte des enseignements de la première. Cette recherche en sociopédagogie s'est exercée dans trois directions principales.
La première est en lien direct avec l'actualité politique et les recherches récentes pour mieux comprendre les résultats des enquêtes PISA pour la Communauté Française et mieux orienter les politiques éducatives. Le deuxième axe concerne les études de genres, les inégalités filles / garçons à l'école. Le troisième axe de recherches concerne le rapport à l'école des enfants de milieux sociaux dévalorisés. Ces recherches entamées depuis plusieurs années et ayant déjà donné lieu à publications se poursuivent. Ces recherches débouchent également sur des formations continuées et des interventions dans les écoles.
Jacques Cornet |