Haute Ecole Libre Mosane

Blouses blanches, lingettes et sacs à dos…

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Quand les infirmières descendent dans la rue.

Camille Delvoy et Fanny Caprasse sont deux anciennes étudiantes de HELMo Sainte-Julienne. Elles sont toutes deux diplômées en Santé communautaire et ont décidé de s’engager auprès des plus démunis. Elles ont créé l’ASBL «Infirmières de rue» de Liège. Édith a décidé de les rencontrer.​
 

Édith : Pourriez-vous présenter votre projet ?

Fanny et Camille : Notre ASBL a pour objectif de venir en aide aux personnes sans-abris les plus vulnérables.

Lorsque l'on parle des plus vulnérables, nous parlons des personnes qui n'ont plus la capacité de se mobiliser pour leur santé. Notre objectif est de leur permettre de redevenir actrices de leur santé et de leur vie, en mettant en place un suivi intensif avec comme vision commune une réinsertion durable en logement. En effet, nous ne désirons pas maintenir la personne en rue en lui procurant des soins disparates mais bien la sortir de la rue. Une personne vivant en rue ne peut pas être en bonne santé.

Nous accordons une attention particulière à l'hygiène et à la valorisation de la personne. En effet, ces deux leviers vont notamment nous permettre de travailler à restaurer l'estime de soi de ces personnes. Cela nous aide à leur faire comprendre que ce n'est pas elles qui sont indignes mais bien leur situation. Nous travaillons beaucoup avec le réseau liégeois existant et fort présent, afin d'entourer la personne au mieux et de lui recréer un réseau de soins.

L'ensemble de nos accompagnements se fait « pas à pas », au rythme de la personne. La première approche pourra prendre la forme d’un « Comment ça va aujourd'hui? » pour ensuite arriver la fois suivante avec un « Que diriez-vous que l'on vous emmène boire un café ? ». C'est sensiblement pareil avec notre approche par l'hygiène: nous avons constamment dans nos sacs à dos un pot de lingettes qui permettront à la personne, dans un premier temps, de reprendre contact avec son corps et de redécouvrir la sensation de propreté.

L'étape suivante pourra être d'amener une bassine pour qu’ils puissent se laver le visage pour finalement arriver à les emmener prendre une douche. Et ainsi de suite ...
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Édith : Comment est né votre engagement ?

Camille et Fanny : Ayant travaillé 2 ans pour le projet « Housing First » (projet de remise en logement) et ayant fait un stage avec les éducateurs de rue, Fanny a eu de nombreuses fois l'occasion d'aller en rue avec sa casquette d'infirmière.

À cette occasion, elle a pu observer l'état de santé interpellant des personnes sans-abri et recueillir les nombreuses demandes qu’ils expriment lorsqu'un professionnel de la santé se présente à eux. Elle a eu très vite envie de s’investir là-dedans et a donc proposé à Camille de se joindre à elle.

En effet, Camille travaillait pour l'ASBL ICAR (structure psycho-médicosociale qui propose un accompagnement aux personnes en situation de prostitution). Elle venait de terminer un bénévolat de 6 mois au Maroc et avait envie de s'investir dans un projet social qui donnerait dusens à son travail en Belgique.

Nous sommes toutes deux spécialisées en Santé Communautaire et nous partageons le souhait de créer un projet professionnel en accord avec nos valeurs.

Nous avons donc créé un groupe de travail avec les autres professionnels de la santé et très vite nous avons eu la même conclusion: l'absence de professionnels de la santé en rue est problématique. Le besoin de créer un service complémentaire aux autres nous est apparu comme la meilleure des solutions. De nombreux services existent dans le domaine de la santé, mais aucun n'a la possibilité de se déplacer en rue, dans le milieu de vie des personnes sans-abri, afin d’atteindre directement les personnes qui ne sont plus aptes à prendre soin d'elles-mêmes.

Or, pour nous, ce travail de proximité est primordial. Nous avons donc eu l'envie de créer une ASBL qui réponde à cette problématique.

Nous avons décidé de rencontrer l'ASBL « Infirmiers de rue » de Bruxelles, qui existe depuis 13 ans, afin de nous inspirer de leur expérience.

Parallèlement à cela, nous nous sommes inscrites au VentureLab afin de bénéficier d'une aide en matière de création d'ASBL. Luc Pire est devenu notre coach. Nous sommes donc devenues les premières infirmières de l'antenne liégeoise d'« Infirmiers de rue». Nous avons rapidement eu la chance d'agrandir l'équipe en accueillant Gaïd Prigent.
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Edith : Aujourd’hui, quand vous voyez le chemin parcouru, quelle est votre plus grande fierté ?

Fanny et Camille : Aujourd’hui, notre plus grande fierté est d’avoir réussi à mettre en place, rapidement, un projet qui fait une différence dans notre société. Une structure médico-sociale répondant à une réelle problématique sociétale. Et surtout, une structure qui perdurera après nous. Notre fierté est aussi d’avoir su mobiliser des dizaines de personnes pour nous aider et nous soutenir dans ce projet.

Aujourd’hui, de nombreux liégeois sont sensibilisés à la problématique du sans-abrisme et rien qu’avec cela, nous avons déjà réussi. Nous sommes persuadées que les choses peuvent changer si nous nous y mettons tous ensemble. Entendre également toutes ces félicitations et ces retours positifs sur notre travail nous rendent très fières. Aujourd'hui, nous allons travailler avec le sourire aux lèvres tous les matins. Aujourd'hui, nous avons accompli notre rêve et donné du sens à notre travail.
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Edith : Si vous deviez lancer un appel aux lecteurs d’Edith, que leur diriez-vous ?

Camille et Fanny : Le nerf de la guerre reste l'argent.

À l'heure actuelle, notre projet et nos emplois ne sont pas encore pérennes.

Nous avons déjà eu beaucoup de soutiens et nous vous remercions tous pour cela !

Nous soutenir financièrement est une (très belle) chose mais en parler autour de vous est tout aussi bien. Mis à part le maintien de l'antenne, il faut changer les mentalités pour engendrer des changements radicaux: « La fin du Sans-Abrisme ». Aujourd'hui, nous sommes au 21ème siècle et certains droits de l'Homme comme le droit à la dignité humaine, à l'accès à la santé et à un toit, ne sont pas respectés pour tous. Il faut que cela change et c'est tous ensemble qu'on y arrivera.
 
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Fanny Caprasse
ancienne étudiante HELMo Sainte-Julienne et infirmière de rue
fanny.caprasse@idr-sv.org

Camille Delvoye
ncienne étudiante HELMo Sainte-Julienne et infirmière de rue
amille.delvoye@idr-sv.org

 
Extrait de Edith 3, le mook de la Haute Ecole HELMo.
 

Merci à nos ANNONCEURS !


Contact: Sacha Munaut
Publié le : 19-10-19