Haute Ecole Libre Mosane

RE-EDITH : Ne gaspillons pas notre énergie

5a8f6a33-8961-4205-99cb-f8430d8040e8

Ne gaspillons pas notre énergie en nous focalisant sur le négatif, n’ayons pas peur de souligner aussi ce qui est positif…

Géraldine Sauvage nous invitait au printemps dernier à jeter un regard plus optimiste sur la situation. Quitte à bousculer les préjugés et à déshabiller quelques idoles, elle nous conviait à un exercice de sincérité. La crise sanitaire est une tragédie, c’est entendu. Mais en toute honnêteté, ne garderons-nous que des mauvais souvenirs de cette période ? Une interview qui décoiffe… A retrouver dans son intégralité dans le n°4 de Edith. Et un entretien en vidéo, révélant l'évolution de son proint de vue près d'un an plus tard, à retrouver ci-dessous. 

Quelques remarques avant de commencer…

Géraldine Sauvage enseigne le droit des affaires. Lorsqu’elle s’exprime, les mots sont choisis, le propos structuré, le ton résolu. « Avant de commencer l’interview, me précise-t-elle d’emblée, j’aimerais faire quelques remarques. Tout d’abord, je voudrais dire à quel point je suis impressionnée par les capacités d’adaptation de nos étudiants. J’ai le sentiment que, bien souvent, ils sont plus résilients et plus flexibles que nous, les enseignants, nous l’imaginons. C’est également une des raisons pour lesquelles je me méfie du discours de victimisation des étudiants qui, ces derniers mois, tend parfois à saturer le débat. Par ailleurs, je ne suis pas du tout certaine que le confinement soit une période qui nous laisse un souvenir aussi morose qu’on le dit. C’est un événement sociétal majeur qui, personnellement, m’a aussi permis de me réinventer et paradoxalement, de me rapprocher de mes étudiants… ».
 
Afin d’illustrer son propos, elle poursuit : « Au cours de cette période, beaucoup de choses m’ont touchée, émue, etc. Du coup, je ne trouve pas cela "morose". J'ai eu la chance d'avoir des échanges profonds avec des étudiants et des collègues sur les situations humaines, parfois très difficiles, que nous avons traversées. Le virtuel ne remplace pas une présence physique, mais la dure réalité qui nous a conduit à passer au virtuel, elle, rapproche les êtres humains, quel que soit le moyen de communication utilisé.
 
Enfin, même si je sais que tout le monde ne partage pas mon avis, je tiens à dire ceci : "Je trouve qu’en tant qu’école, nous avons fait un boulot remarquable. J’ai été fière de faire partie de HELMo et je le suis encore...". Certains ont dit que nous avons juste "limité la casse" ; ce n’est pas mon avis. Je trouve au contraire que nous avons remarquablement négocié l’obstacle ! ».
 

Qu’est-ce qui est important ?

« J’ai appris que nous étions confinés de manière un peu brutale : ma fille, qui attendait ce moment avec fébrilité, est venue me réveiller pour se "réjouir" de la nouvelle… Ce jour-là, je donnais cours à 8h30 : le premier cours de la dernière journée. Je me suis trouvée devant un groupe d’une centaine d’étudiants et d’étudiantes. Nous avons juste discuté. Ce fut un échange très riche et très construit. Il y a eu des peurs qui se sont exprimées, mais aussi des priorités. Je garde un souvenir ému des marques d’intelligence dont mes étudiants ont fait preuve et de la proximité qui s’est établie entre nous. Cette discussion nous a permis de nous mettre d’accord sur "Qu’est-ce qui est important ?". Je pense qu’à partir de là, grâce à mes étudiants, j’étais prête pour passer à un enseignement à distance… ».
 

Madame s’amuse en travaillant…

« En fait, une fois la surprise passée, je me suis plutôt sentie enthousiaste. Sans doute l’ivresse de la nouveauté… Personnellement, j’adore utiliser de nouveaux outils et les étudiants s’en rendent compte. Parfois, ils me disent : "Ça vous amuse, hein, Madame ?". Ils n’ont pas tort. Cela m’amuse beaucoup de me dire que j’ai désormais mon propre "Channel" sur YouTube et que je peux me présenter comme "influenceuse" sur le net….
 
Plus sérieusement, les étudiants et moi, nous avions convenu de garder le même horaire qu’en présentiel. J’ai donc travaillé de manière synchrone en utilisant la plateforme Zoom. Mes cours étaient enregistrés et disponibles par la suite "en ligne" sur YouTube. Afin de rendre les choses plus ergonomiques pour les étudiants, j’ai chaque fois fait un petit résumé des séances. Cela permet de trouver plus facilement l’information.
 
Par rapport à mon enseignement habituel, il a bien fallu rationnaliser un peu les choses et parfois créer de nouveaux dispositifs. Par exemple, j’ai modifié la manière d’accéder aux ressources sur la plateforme e-learning et j’ai fait évoluer les tests interactifs que je propose aux étudiants afin qu’il y ait davantage de feedback.
J’ai créé des "capsules" sur des sujets-clés et organisé des petits sondages anonymes pour m’enquérir des besoins des étudiants, etc. J’ai également essayé de "rétrécir" un peu mes exposés pour ne pas rester dans un format "2 heures de cours", mais cela n’a pas marché. Il y avait trop de questions de la part des étudiants… J’ai d’ailleurs pris l’habitude de rester connectée après les cours. En effet, beaucoup d’étudiants posent leurs questions lorsque les autres se sont déconnectés. C’est aussi à ce moment-là qu’ils viennent confier leurs difficultés personnelles et leur stress…
Pour les examens, je suis partie de l’idée que la meilleure façon d’éviter la fraude, c’est de l’autoriser. J’ai donc organisé un examen de compréhension et de production, en synchrone, via Zoom. Il y a eu un taux de participation supérieur aux autres années… ».
 

Tous comptes faits…

« Finalement, le passage à l’enseignement en distanciel ne m’a pas posé beaucoup de difficultés. Il y a eu des problèmes techniques bien entendu, mais la réactivité du service e-learning a été remarquable. Par ailleurs, d'un point de vue personnel, j'ai trouvé que le confinement avait ceci de positif qu'il me permettait de remettre le travail à sa juste place. J'ai trop souvent, dans ma carrière, mis la priorité absolue sur le travail, organisant le reste de ma vie dans le reste du temps que le travail me laissait. Je me sentais même coupable d'avoir des préoccupations et des obligations personnelles alors qu'il y avait du travail à réaliser.
 
Lors du confinement, le travail était un invité dans mon foyer, il y trouvait une place, mais ne prenait pas toute la place. Cela parait contrintuitif mais le confinement m'a permis de déculpabiliser le télétravail. Je me suis organisée en tenant compte des objectifs à atteindre, c'est-à-dire offrir un encadrement pédagogique de qualité dans une relation de confiance réciproque tout en respectant mes besoins personnels, mon biorythme.
J’aimerais bien conserver les acquis de cette période… ».

RE-EDITH : Entretien avec Géraldine Sauvage, un an après



Géraldine Sauvage
Enseignante HELMo - Campus Guillemins
g.sauvage@helmo.be


 
Extrait de Edith 4, le mook de la Haute Ecole HELMo.


MERCI À NOS ANNONCEURS !


Contact: Sacha Munaut
Publié le : 23-02-21