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Véronique Livet, accompagner les écoles autrement face au harcèlement.

Diplômée du cursus Assistant·e social·e à HELMo ESAS, Véronique Livet a construit un parcours de plus de 25 ans en prévention scolaire. De l’intervention de terrain à la formation des équipes éducatives, elle œuvre aujourd’hui à diffuser des pratiques centrées sur la dynamique de groupe et le bien-être des élèves. Elle nous raconte son parcours.

De HELMo ESAS au terrain

Originaire de Trois-Ponts, Véronique Livet effectue ses études secondaires au collège Saint-Remacle de Stavelot, en option Sciences économiques. À la fin de sa rhéto, elle hésite entre l’enseignement et le travail social. Son désir d’aider les autres et de sortir du cadre strictement scolaire l’oriente vers la formation d’assistante sociale. Elle choisit HELMo ESAS, seule école qu’elle visite. « J’ai très vite été convaincue que c’était la bonne école pour moi. C’était une petite école familiale, dans laquelle je me sentais bien », explique-t-elle. Elle garde un excellent souvenir des cours liés à la relation d’aide, à la dynamique de groupe. Elle se souvient aussi de la bonne entente avec les enseignants et de l’ambiance entre étudiants, marquée par l’entraide et la solidarité.

Diplômée en 1995, Véronique débute sa carrière par un remplacement dans une maison d’enfants, une expérience émotionnellement exigeante. Elle rejoint ensuite le service social des agents provinciaux, un poste qu’elle trouve toutefois trop administratif. Quelques mois plus tard, elle est rappelée sur son lieu de stage et intègre le CIPREA, aujourd’hui Openado.

Le harcèlement, une réalité de terrain

Créé en 1988, Openado intervient en milieu scolaire à travers des animations de prévention générale autour du respect et du vivre-ensemble. Véronique y travaille durant 25 ans. Au fil des années, elle observe une évolution marquante des problématiques rencontrées.

À partir de 2011-2012, les situations de harcèlement prennent une ampleur croissante. Celles-ci finissent par inquiéter les équipes éducatives, qui sollicitent de plus en plus souvent le service. « Les écoles se sentaient impuissantes et démunies face à des situations complexes », témoigne Véronique. À cette époque, les interventions relèvent souvent de réponses ponctuelles. « On savait que nos actions avaient leurs limites et que le problème risquait de ressurgir », confie-t-elle.

Un déclic professionnel

En 2017, Véronique et sa collègue Isabelle Willot sont invitées à suivre une formation à l’Université de Paix de Namur. Cette formation marque un tournant. Elle y découvre la méthode de la préoccupation partagée MPPfr, méthode d'intervention non blamante qui répond davantage à la réalité du terrain et à la dimension collective du harcèlement. Les résultats observés sont rapidement encourageants. Convaincues de la pertinence de cette approche et conscientes qu’elle est encore peu connue en Belgique, les deux professionnelles décident de s’engager dans sa diffusion. « Je sentais que je devais faire mon chemin », explique Véronique.

Fin 2020, elle entre en contact avec Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier du Centre RéSIS France (Centre de Ressources et d'Etudes Systémiques contre les Intimidations scolaires) afin de de proposer une collaboration et représenter, avec sa collègue, l'antenne belge francophone de ce centre. Ils acceptent. Véronique crée aussi en parallèle EDU'lien dont l'objectif est de favoriser le changement éducatif par des approches plus humaines à destination des professionnels de l'éducation, des parents et des enfants/adolescents.

Former, accompagner, faire évoluer les pratiques

Forte d’un réseau déjà bien établi et d’une visibilité croissante, Véronique constate un intérêt grandissant pour les formations proposées. En mai 2022, elle se lance à temps plein comme indépendante. Les formations, dispensées sur deux jours, s’adressent aux professionnels du monde scolaire et parascolaire : enseignants, CPMS, AMO, mouvements de jeunesse, médiateurs scolaires, maisons de quartier. Rapidement, les écoles sollicitent également des formations sur site pour former des équipes complètes ou des cellules bien-être.

Depuis août 2024, l’entrée en vigueur de la circulaire 92.12, qui impose l’intégration d’une procédure de signalement et de traitement des situations de harcèlement entre pairs dans le règlement d’ordre intérieur, renforce encore la demande d’accompagnement. Véronique et sa collègue sont régulièrement sollicitées pour aider les établissements à donner du sens à ces procédures.

En parallèle, elles proposent des formations d’une journée autour du sexting non consenti, soutiennent les enseignants dans l'adoption d'une posture ajustée face à la complexité des dynamiques de classe, forment au dispositif " Elèves ambassadeurs pour la lutte contre le harcèlement à l'école", et proposent des moments d'intervision et de supervision pour les équipes qui ont en charge des groupes d'enfants/d'adolescents. « On aime l’accompagnement sur mesure », souligne Véronique.

Ce qui l’anime au quotidien, c’est la conviction que chacun peut contribuer, à son échelle, à améliorer le climat scolaire. « Même si l’on se sent parfois à contre-courant, il ne faut jamais sous-estimer son pouvoir d’action », conclut-elle. Un engagement guidé par une idée simple : « les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain ».

Encadré

La méthode de la préoccupation partagée (MPPfr)

La méthode de la préoccupation partagée est une approche éducative non blâmante qui considère le harcèlement comme un phénomène de groupe. Elle vise à responsabiliser le groupe, à suspendre temporairement la sanction et à mobiliser les élèves impliqués comme alliés afin de faire cesser la brimade et de permettre à l’élève cible de retrouver sa place dans un collectif apaisé.

Développée par Anatole Pikas et actualisée par Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier, la MPPfr offre aux professionnels un cadre structuré et sécurisant pour intervenir.
« L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de mettre fin au harcèlement », rappelle Véronique Livet.

Cette méthode est diffusée en Belgique francophone via le centre RESIS – Centre de ressources et d’études systémiques contre les intimidations scolaires.

La méthode de la préoccupation partagée (MPPfr)

La méthode de la préoccupation partagée est une approche éducative non blâmante qui considère le harcèlement comme un phénomène de groupe. Elle vise à responsabiliser le groupe, à suspendre temporairement la sanction et à mobiliser les élèves impliqués comme alliés afin de faire cesser la brimade et de permettre à l’élève cible de retrouver sa place dans un collectif apaisé.

Développée par Anatole Pikas et actualisée par Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier, la MPPfr offre aux professionnels un cadre structuré et sécurisant pour intervenir.
« L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de mettre fin au harcèlement », rappelle Véronique Livet.

Cette méthode est diffusée en Belgique francophone via le centre RESIS – Centre de ressources et d’études systémiques contre les intimidations scolaires.

Pour plus d'info sur Edu'lien et le centre RéSIS :

Pour en savoir plus sur la formation d'assistant·e social·e