Conférence : la souveraineté numérique
La Journée de l’Informatique de HELMo a placé la souveraineté numérique au centre des débats, réunissant des expert·e·s issus du cloud, de la cybersécurité, de l’intelligence artificielle et du secteur technologique. Tous ont souligné que la souveraineté numérique est devenue un enjeu stratégique allant bien au‑delà de la simple conformité réglementaire. Retour sur la conférence qui avait lieu en soirée.
Qu’est-ce que la souveraineté numérique ?
À l’entame du débat, Gwenaelle Hervé (Sovereignty Strategy Lead chez Proximus NXT | Benelux) a rappelé que la notion de « souveraineté numérique » reposait autrefois sur trois piliers – données, opérations, technologies – avant qu’un cadre élargi à huit dimensions, introduit fin 2025, ne reflète la complexité croissante du sujet. Propos soutenu par Julien Blanchez (Digital Sovereignty Solution Lead at Google), qui a confirmé que les concepts de résidence et de localisation des données ont profondément évolué, citant l’exemple de l’Ukraine, qui a transféré ses données souveraines gouvernementales d’urgence vers des serveurs en Europe dès le début du conflit avec la Russie, afin de les sécuriser. Dans ce cas précis, les anciennes certitudes ont été bouleversées. Philippe Cornette (CISO chez John Cockerill), actif dans plus de trente pays, a, pour sa part, évoqué une “multisouveraineté” quotidienne puisque chaque pays impose ses règles, y compris au sein de l’Europe, ce qui oblige les organisations à adapter en permanence leurs pratiques.
L’innovation numérique européenne
Pour plusieurs intervenants de la conférence, l’Europe doit définir son identité numérique et harmoniser davantage ses réglementations, alors que les éditeurs internationaux généralisent les solutions SaaS (« Software as a Service »). D’un côté, les géants du secteur appellent à davantage d’enthousiasme technologique, rappelant que la méfiance culturelle freine encore l’adoption de certaines innovations. De l’autre, la réussite fulgurante de compagnies telle que Mistral AI, en France, semble démontrer que l’Europe est capable de performances rapides lorsqu’elle se donne les moyens d’agir.
Les discussions ont également porté sur l’intelligence artificielle. Les entreprises passent progressivement d’une approche technique « bottom‑up » à une logique « top‑down » orientée par les besoins. L’open source occupe une place croissante dans cet écosystème, mais les intervenants ont alerté sur un risque majeur : le « Shadow AI », thème de prédilection de Fabrice Willot (conférencier, essayiste, formateur, consultant - auteur de la trilogie “Shadow AI”), c’est‑à‑dire l’usage non encadré d’outils d’IA au sein des organisations, source potentielle de fuites de données. Dans certains domaines, la sensibilisation des collaborateurs est plus que jamais essentielle.
L’impact de l’IA sur les identités locales
Les modèles globaux tendent à uniformiser les réponses, au détriment des nuances culturelles. Les grandes entreprises, dont Google, travaillent désormais à ancrer les IA dans des contextes culturels spécifiques pour limiter cet effacement. Les intervenants ont également rappelé que les choix individuels – y compris l’usage de certaines plateformes, OS ou services – influencent le système dans son ensemble. Même le duopole iOS/Android pourrait être bousculé si les comportements évoluaient. Peter Billiau (COO chez NRB) en est convaincu, il s’agit d’un choix philosophe, un choix de vie, et les alternatives européennes existent.
« Vous avez fait le bon choix »
Enfin, un message fort a été adressé aux étudiant·e·s présent·e·s : le marché n’est pas saturé, au contraire. Les entreprises manquent des compétences que les jeunes diplômés ont entre les mains. Ces professionnels l’assurent : les informaticien·ne·s de demain auront un rôle essentiel à jouer dans l’accompagnement de la transformation numérique.
Si les compétences techniques évoluent vite, les qualités humaines, l’ouverture, la curiosité et la capacité à apprendre continuellement restent déterminantes. Ce sont les compétences humaines de nos étudiant·e·s qui feront la différence ! De cette journée, une conclusion se dégage : la souveraineté numérique européenne ne se décrète pas. Elle se construit, pas à pas, par les choix des institutions, des entreprises et des citoyen·ne·s. L’Europe n’a pas raté le train, elle est en pleine évolution et doit poser les bons choix. Les générations qui arrivent auront un rôle clé à jouer dans la prise de cette trajectoire.